10. Les femmes dans l’Église : l’Église misogyne ?

L’accusation

L’Église a toujours considéré les femmes comme inférieures aux hommes, les cantonnant aux rôles stéréotypés de vierges ou d’épouses et mères de famille.

La réalité

S'appuyant sur le récit de la Création (Genèse 2), l'Église enseigne et a toujours enseigné l'égale dignité fondamentale de l'homme et de la femme : dans ce récit biblique, en effet, il est dit que la femme est tirée du côté de l'homme pour être l'os de ses os et la chair de sa chair (cf. Gn 2, 23) et l'aide qui lui corresponde (2, 18). C'est pourquoi, hommes et femmes sont appelés à la même sainteté ; et la plus grande des saintes, la perle du genre humain est une femme, la Vierge Marie. Après elle, d'innombrables autres femmes sont données en exemple et honorées par l'Église. Sur ces fondements théologiques s'est lentement construite, à la chute de l'empire romain, l'égalité des sexes caractéristique de la chrétienté médiévale ; avec la passion pour l'Antiquité apportée par la Renaissance et plus encore avec le triomphe de la bourgeoisie à la Révolution, cette égalité s'est considérablement dégradée, pour rendre à la femme sa dépendance antique à l'égard de l'homme. Aujourd'hui encore, l'Église défend la dignité de la femme, que ce soit sur le plan théologique - on pense en particulier aux écrits de saint Jean-Paul II - ou sur le plan des droits humains - en dénonçant par exemple le mariage forcé ou le proxénétisme.

Quelques exemples

  • Dans le récit biblique de la Création de l'homme et de la femme, la femme est présentée comme le « secours » de l'home (Gn 2, 18), en hébreu « ezer », un mot qui désigne habituellement le secours apporté par Dieu lui-même (Ex 18, 14 ; Dt 33, 7.26.29 ; etc.) - peut-on exprimer plus clairement la grandeur et la valeur de la relation homme-femme ?
  • Non seulement les premiers témoins de la résurrection de Jésus sont des femmes[1], mais Jésus reproche même aux apôtres de ne pas avoir prêté foi à leur témoignage[2].

  • Il y a toujours eu des saintes vénérées par l’Église dans tous les états de vie, pas seulement en tant que stéréotypes féminins (vierges ou mères), mais aussi pour leur enseignement (Hildegarde de Bingen, Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila), pour leur action politique (Hélène, Geneviève, Clotilde) ou pour leur engagement social (Louise de Marillac) ou missionnaire (Pauline Jaricot).

  • Dans La Femme au temps des cathédrales, l’historienne Régine Pernoud montre comment les femmes, qui tout au long du Moyen Âge étaient libres d’exercer leur métier à leur compte, et aussi de voter, ont retrouvé à la Renaissance, à cause du mouvement d’imitation de l’Antiquité, le statut de perpétuelles mineures qu’elles avaient dans le droit romain, et dont elles avaient été libérées grâce à l’influence chrétienne.

Quelques chiffres

  • 7% : d'après l'enquête du Pew Research Center de 2016[3], les femmes chrétiennes sont plus pratiquantes que les hommes de 7%, puisque 53% des femmes chrétiennes se disent fidèles à la pratique hebdomadaire, contre seulement 46% des hommes, soit une différence de 7% - ces femmes seraient-elles masochistes ?

Parole aux témoins, parole aux historiens

  • Régine Pernoud (1909-1998), historienne médiéviste, sur la promotion de la femme dans l’Antiquité tardive[4] : « C’est un événement décisif qui se produit dans le destin des femmes avec la prédication de l’Évangile. Les paroles du Christ, prêchées par les apôtres à Rome et dans les différentes parties de l’Église, ne comportaient pour la femme aucune mesure de "protection", mais énonçaient de la façon la plus simple et la plus bouleversante l’égalité foncière entre l’homme et la femme. »

  • Pierre Lombard (1100-1160), le théologien le plus influent du Moyen Âge, reprenant la position d'Hugues de Saint-Victor, enseigne[5] : « La femme n'a été faite ni maîtresse ni servante de l'homme, mais compagne, car elle n'est issue ni de sa tête ni de ses pieds, mais de son côté. »

  • Jacques Le Goff (1924-2014), historien français[6] : « Au Moyen Âge les femmes (…) ont acquis, ou conquis, un rang plus juste, plus égal, plus prestigieux dans la société - un rang qu'elles n'avaient jamais eu avant en tant que femmes, même pas à Athènes dans l'Antiquité. »

  • Éginhard (770-840), à travers l’exemple de l’empereur Charlemagne, montre comment un monarque chrétien doit élever ses filles[7] : « Il voulut que ses filles aussi bien que ses fils fussent instruits dans les arts libéraux que lui-même cultivait. »

Pour aller plus loin...

  • Chapy, Aubrée, L'Église et les femmes, « La véritable histoire », Tempora, 2009
  • Pernoud, Régine, La Femme au temps des cathédrales, Stock, 1980

[1] Mt 28,1-8 ; Mc 16,1-8 ; Lc 24,1-10.

[2] Mc 16,11.14.

[3] « The Gender Gap in Religion around the World », étude publiée sur le site du Pew Research Center (https://www.pewforum.org/2016/03/22/the-gender-gap-in-religion-around-the-world/) le 22 mars 2016.

[4] La Femme au temps des cathédrales, Stock, 1980.

[5] Sentences, livre II, distinction XVIII, chapitre 2.

[6] Le Moyen Âge expliqué aux enfants, Seuil, 2006.

[7] Vie de Charlemagne.