Jésus n'a rien laissé d'autre

Pour comprendre la place centrale de l’Église dans le plan de Dieu, il faut d’abord prendre conscience de ce que l’Église est la seule chose que le Christ nous a laissée.

Jésus est « passé en faisant le bien » (Ac 10,38) et il a opéré la Rédemption mais il nous ne nous a matériellement rien légué d’autre que l’Église, à qui il a donné son Esprit Saint.

D’une certaine manière, Jésus n’a rien fait d’autre…

Lors de son passage sur Terre,

  • Jésus n’a pas écrit une ligne,
  • Il n’a rien bâti,
  • Il n’a pas fait de politique,
  • Il n’a pas fomenté de révolution,
  • Il n’a pas changé les lois de la cité,
  • Il n’a rien découvert en science,
  • Il n’a laissé aucune œuvre d’art,
  • Il n’a rien apporté dans le domaine militaire,
  • Il n’a pas conquis de royaume …

La seule chose qu’il a construite, sur laquelle il s’est spécialement concentré, pendant trois ans, et qu’il nous a finalement laissée, c’est l’Église, c’est-à-dire une réalité bâtie sur des hommes et des femmes qu’il a choisis (Jn 6,70), appelés (Mt 10,1), établis (Mc 3,16), et qu’il a ensuite enseignés, formés et organisés tout au long de ses 3 années de vie publique.

Parmi ses disciples, il en a choisi Douze, qu’il a institués « pour qu’ils soient avec lui » (Mc 3,14), c’est-à-dire pour qu’ils prennent du temps avec lui, qu’ils aient le temps de le connaître intimement, afin qu’ils puissent être par la suite ses témoins véridiques (Lc 24,48), capables de transmettre tout ce qu’ils ont connu de lui « depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean, jusqu’au jour où il fut enlevé » (Ac 1,22).

Mais l’Église n’est pas qu’une communauté de disciples : elle a été investie par le Christ de son autorité pour continuer sa propre mission. Il a dit en effet : « Celui qui vous écoute m’écoute, celui qui vous rejette me rejette » (Lc 10,16) ; « Qui vous accueille m’accueille, et qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé » (Mt 10,40) ; « Si quelqu’un reçoit celui que j’envoie, il me reçoit moi-même, et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé » (Jn 13,20). Ces paroles sont sans ambiguïté : rejeter le témoignage des envoyés du Christ, c’est rejeter le Christ.

Mais cette identification n’est pas seulement une question d’autorité. L’Église n’est pas seulement investie de l’autorité de Jésus comme un ambassadeur représente son roi : Jésus associe et identifie l’Église à sa propre personne et à sa présence. Lorsqu’il apparaît à saint Paul (Ac 9,4), qui alors persécutait les chrétiens, il lui demande : « Pourquoi me persécutes-tu ? » C’est ce qui conduira saint Paul à exprimer ainsi le mystère de l’Église, en s’adressant aux chrétiens : « Vous êtes le Corps du Christ » (1 Co 12,7) ; Jésus est « la Tête de l’Église qui est son Corps, et l’Église est l’accomplissement total du Christ » (Ep 1,22-23). Au cœur du Moyen-Âge, sainte Jeanne d’Arc, une jeune femme sans instruction, exprimera en un raccourci saisissant cette foi en disant : « Dieu et l’Église, c’est tout un ! »[1] Et Bossuet, le célèbre évêque de Meaux, disait : « L’Église, c’est Jésus-Christ répandu et communiqué. » [2]

Finalement, Jésus « a aimé l’Église et il s’est livré pour elle » (Ep 5,25) sur la Croix.

Et au moment où il retourne auprès du Père par son Ascension au Ciel, le produit concret de toute son œuvre terrestre se résume à une seule chose : l’Église.

Cette Église a donc été fondée sur Pierre (Mt 16,18 ; Lc 22,32 ; Jn 21,15-17) & sur les 12 apôtres listés dans les Évangiles (Mt 10,2-4 ; Mc 3,16-19 ; Lc 6,13-16) et à la Pentecôte (Ac 1,13). Ce sont « les Douze »[6] qui ont reçu la mission de fonder les premières Églises aux quatre coins du monde : les « Douze Apôtres de l'Agneau » (Ap 21,14) qui selon l’Apocalypse sont « les Douze fondations » de la Jérusalem céleste et qui « jugeront les douze tribus d'Israël » (Mt 19,28). C’est ainsi que saint Paul lui-même, qui avait pourtant commencé son ministère sans en référer aux apôtres (cf. Ga 1,17), ne manque pas de recourir quand même à eux pour le faire authentifier, même au bout de quatorze ans, « de peur d’avoir couru pour rien » (Ga 2,2).

Tout cela Jésus l’a fait en pleine lumière, pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté. Cela a été mis par écrit dans les Évangiles au grand jour, de manière claire, publique, officielle, dans le cadre d’une révélation publique qui est reconnue et partagée par toutes les Églises apostoliques.

Il est capital de s’arrêter là-dessus : l’Église est le seul héritage que Jésus nous laisse.

C’est à l’Église seulement qu’il a envoyé son Esprit Saint

Après leur avoir donné son enseignement pendant trois ans, il a promis et envoyé son Esprit Saint sur les apôtres et les disciples réunis autour de la Vierge Marie, cet Esprit qui unit le Fils au Père, qui unit les hommes à Dieu et qui permet à l’Église d’avoir accès à la vérité toute entière, sans jamais errer sur la foi & les mœurs.

Après l’Ascension et la Pentecôte, il n’y avait rien d’autre que l’Église, c’est-à-dire cette communauté d’hommes & de femmes à qui il a tout confié et tout remis.

Les Écritures du Nouveau Testament sont venues bien après et c’est l’Église qui les a engendrées.


[1] Procès de Jeanne d’Arc, 6e interrogatoire privé, 17 mars 1431.

[2] « Quatrième lettre à une demoiselle de Metz », n. 28.

[3] Il faut faire attention de ne pas tirer de cette expression des conclusions erronées, car « s’il est vrai que l’Église est le nouveau Peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture » (Nostra Ætate, n. 4).

[4] Cf. la promesse du Seigneur en Dt 18,18 : « Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi » 

[5] On peut noter que le Patriarche Joseph, l’avant dernier des 12 fils de Jacob, est à l’origine de deux tribus qui ont reçu un territoire en Israël (Manassé et Éphraïm) alors que la tribu de Lévi n’a pas reçu de territoire, mais seulement 48 « villes refuges ». On peut donc compter 12 + 1 tribus, de même qu’il y a 12 + 1 apôtres au sens plénier du terme si l’on compte saint Paul qui a lui aussi un statut un peu spécial, étant venu en dernier et différemment des 12 (cf. 1 Co 15,9 ; Rm 1,5 ; Ga 1,17) …

[6] Cf. Mt 10,5 ; 20,17 ; 26,20 ; Mc 3,16 ; 6,7 ; 9,35 ; 14,17 ; Lc 9,1 ; 18,31 ; Jn 6,67