Jésus, prudent et avisé, a donné à son Église les moyens de ne pas errer

Le Christ a construit son Église avec une sagesse toute divine, en promettant de l’accompagner sans cesse : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20). Cette fondation & cette assistance étaient nécessaires pour que l’Église puisse survivre, qu’elle puisse connaître et garder la vérité, qu’elle ait les moyens de faire face à toutes les questions qui se poseraient dans l’avenir, et qu’elle puisse accomplir et assumer toutes ses missions jusqu’à la fin des temps.

Pour celui qui croit en Jésus, ce devrait être une évidence : Jésus aurait-il pu partir sans rien laisser de solide derrière lui, ou en confiant son héritage, sa mission et sa présence à un gérant malhonnête et faillible ? Penser le contraire serait inconséquent parce que cela remettrait en cause la sagesse toute divine de Jésus.

Attention cependant : comme toute œuvre de la grâce, le Magistère exercé par l’Église est soumis aux aléas de l’Histoire et il n’est ni magique, ni immédiat. L’action de Dieu a en effet des caractéristiques particulières :

  • elle est cachée (comment la grâce opère à travers la nature est toujours mystérieux et c’est pourquoi on ne sait pas dire grand-chose du moment de l’Incarnation, de celui de la Résurrection, de l’exercice de la Providence, ou du mode opératoire des miracles),
  • elle semble parfois tarder (il faut juger sur le temps long),
  • elle surprend toujours (c’est la signature de Dieu dont les pensées sont « au-dessus » de nos pensées « comme le ciel est au-dessus de la terre » - cf. Is 55,9).

Quand on regarde le détail de l’Histoire, on constate que l’exercice la vie de l’Eglise est loin d’avoir été un long fleuve tranquille. Dès l’Antiquité, les persécutions de l’Empire romain contre l’Eglise naissante ont profondément perturbé l’exercice de son Magistère :

  • - Les 19 premiers papes sont morts martyrs et dans ce contexte particulier leur fonction et leur rôle ne pouvaient pas être à l’époque vécus et reconnus aussi universellement qu’aujourd’hui …
  • - Les premières hérésies ont été difficiles à combattre et l’hérésie arienne en particulier a réussi, à un moment, à séduire un grand nombre d’évêques et à perturber profondément l’Eglise universelle,
  • - Au temps des grandes invasions et des crises qui ont suivi, le contexte politique et militaire autour de la ville de Rome n’était pas non plus favorable à un exercice paisible du Magistère de l’Eglise,
  • - Par la suite, il en a été de même, et les vicissitudes de l’Histoire ont conduit à des moments où il y avait 3 papes ou à des situations de confusion attisées par la politique, et à d’autres moments où les papes et les hiérarques de l’Eglise avaient des attitudes assez éloignées de l’idéal évangélique.

L’exercice du Magistère suppose aussi un temps de discernement : il n’y a pas d’infaillibilité dans le premier jugement qui est donné sur les œuvres de Dieu. Le Padre Pio, par exemple, fut interdit de dire la messe (suspens a divinis) ; sœur Faustine fut déclarée fausse mystique et mise à l’Index avant que Jean-Paul II ne la réhabilite ; avec 70 chefs d’accusation contre elle, Jeanne d’Arc fut brûlée vive, avant d’être finalement canonisée 500 ans après ; sainte Thérèse d’Avila fut excommuniée quand elle fut nommée la première Prieure du Carmel réformé ; saint Jean de la Croix fut emprisonné pour avoir soutenu sainte Thérèse ; le père Joseph Kentenich fut exilé 14 ans aux États-Unis, loin de Schönstatt ; saint Louis-Marie Grignion de Montfort fut repoussé partout et son Calvaire de Pontchâteau fut détruit ; le curé d’Ars fut tancé par son évêque ; il se mit alors à genoux et demanda pardon ; Mère Teresa fut empêchée (20 ans d’attente pour répondre aux appels du Christ) ; Marthe Robin fut ignorée car considérée comme illuminée ; le message de Fatima fut oublié, car il fallut attendre 1984 pour que les demandes de consécration aient effectivement lieu. Paray-le-Monial fut refusé : la demande de consécration au Sacré-Cœur resta sans réponse ; saint François d’Assise fut exclu de l’Ordre des Franciscains qu’il avait lui-même fondé ;

En matière strictement doctrinale, l’exercice du Magistère n’est pas immédiat non plus : il a fallu du temps pour établir précisément le canon des Ecritures, et il est arrivé très souvent que des positions qui seront finalement condamnées par Rome soient tenues par des saints, des docteurs, des théologiens ou des personnalités remarquables pendant longtemps (par exemple sur la doctrine de la prédestination, sur la thèse de l’expiation limitée, etc.). Inversement, des positions valables ont parfois été critiquées un certain temps : même saint Thomas d’Aquin fut condamné trois ans après sa mort, un archevêque condamnant ses œuvres, et recensant 117 propositions jugées hérétiques.

Mais au-delà des aléas de l’Histoire et de questions compliquées, le Magistère s’est finalement toujours révélé être un guide sûr et fiable pour tous « les petits et les humbles » (Mt 11,25) qui le suivent.

L’histoire sur le temps long atteste de la solidité de cette fondation

Entre la menace d’écrasement par les persécutions et le risque contraire de compromission avec le monde, dans une multitude d’aires culturelles et linguistiques différentes, l’Église douce et humble a miraculeusement continué à subsister et à croître sans cesse. Et c’est ainsi que le patrimoine spirituel, théologique, anthropologique, moral, culturel de l’Église est depuis 2.000 ans objet d’émerveillement même pour de nombreux non-croyants.

Cette solidité s’appuie sur l’unité de l’Église, qui est une réalité très originale :

  • l’Église catholique est unie autour d’un seul chef, le pape ;
  • les évêques en communion avec le pape enseignent la foi d’une seule voix, par ce que l’on appelle le « magistère » ;
  • l’Église catholique est ainsi la seule parmi les grandes religions à pouvoir publier un catéchisme, c’est-à-dire un résumé de la foi immuable et universelle de l’Église.

L’unité dans la foi est une caractéristique unique de l’Église catholique

Toutes les grandes religions du monde sont divisées :

  • les Églises orthodoxes, qui sont des Églises nationales, sont bien souvent en querelle pour des raisons politiques ;
  • les protestants sont divisés en d’innombrables communautés, et on y trouve presque autant de croyances différentes qu’il y a de croyants ;
  • le judaïsme est fait de nombreux courants dont aucun ne peut se prévaloir d’être la juste interprétation de la Loi ;
  • c’est devenu un lieu commun de noter qu’il n’y pas seulement un islam, mais des islams ;
  • de même pour les bouddhistes, les hindouistes, et toutes les autres religions.

Aucune autre institution religieuse n’a comme l’Eglise catholique une hiérarchie claire générant ces 3 éléments clés :

  1. une autorité à sa tête – le pape & les évêques unis à lui – exerçant une responsabilité et une mission personnelle,
  2. un magistère universellement reconnu et permanent depuis deux mille ans,
  3. un catéchisme, proposé universellement c’est-à-dire « un exposé de la foi de l’Église » et « un texte de référence sûr et authentique pour l’enseignement de la doctrine catholique »[1].

Aucune autre grande religion n’est capable de se mettre d’accord sur un catéchisme parce qu’il n’y a pas d’unité comparable dans leur croyance.

Il est très logique que Dieu ait donné 1 chef unique et incontesté à son Église, comme il y avait dans l’Ancienne Alliance 1 seul grand prêtre, sinon l’unité du peuple de Dieu serait mise en cause et la vérité partirait à la dérive.

C’est en raison de cette fondation très spéciale par le Christ que l’Église catholique est la seule religion au monde capable de garder cette unité qui permet la reconnaissance par 1,2 milliards de croyants d’un chef, d’un magistère, et d’un catéchisme.

Il faut au moins s’étonner de cette étrangeté, à défaut de s’en émerveiller.

Nous croyons en Dieu avec l’Église, mais nous croyons aussi à l’Église

Dans la profession de foi catholique, le Symbole des apôtres, nous disons avec toute l’Église : « Je crois en Dieu … Et en Jésus-Christ … Je crois en l’Esprit-Saint … » ; mais nous croyons aussi « à la sainte Église catholique ». L’Église n’est pas seulement celle qui croit : elle est elle-même un objet de foi, un mystère de Dieu révélé par Jésus, auquel nous sommes appelés à croire.

« Le monde fut créée en vue de l’Eglise » disaient les chrétiens des premiers temps[2]. Car Dieu a créé le monde en vue de la communion à sa vie divine, communion qui se réalise par la convocation des hommes dans le Christ et cette convocation c’est l’Eglise. L’Eglise est la fin de toute chose[3]. « De même que la volonté de Dieu est un acte et qu’elle s’appelle le monde, ainsi son intention est le salut les hommes, et elle s’appelle l’Eglise »[4].

L’Eglise est une famille, la famille de Dieu, et un « mystère de communion »[5] dont la source est la Trinité divine. « L’Eglise est à la fois chemin et but du dessein de Dieu »[6].

L’Eglise est mystiquement l’épouse du Christ comme l’enseigne saint Paul (Eph 5,21-32) : ce mariage est indissoluble, et jamais le Christ n’adressera à son épouse de certificat de répudiation.

C’est en référence à l’Eglise que se déploie toute l’économie du salut

L’Église est vraiment au centre et au fondement du projet de salut de Dieu : Dieu compte sur elle et il lui a donné les moyens de ne pas errer et de porter du fruit jusqu’à la fin des temps.

Cela nous amène à la deuxième question à étudier, relative au bilan de l’Église.


[1] Jean-Paul II, Constitution apostolique Fidei depositum, pour la publication du Catéchisme de l'Église catholique, 11 octobre 1992. 

[2] Hermas, Visones pastoris, 2,4,1 ; Aristide Aologia16,6 ; Justin Apologia 2,7.

[3] Epiphane, Panarion seu Adversus LXXX haereses 1,1,5.

[4] Clément d’Alexandrie, Pédagogus 1,6 repris par le CEC n°760.

[5] « La communion des chrétiens avec Jésus a pour modèle source et fin la communion même du Fils avec le Père dans le don de l’Esprit-Saint: unis au Fils dans le lien d’amour de l’Esprit, les chrétiens sont unis au Père » (Jean-Paul II, Christifideles Laici n°18)

[6] CEC n°778